45 000 étudiant.e.s, et encore seul.e?

Il est atrocement facile de se sentir seul.e dans un bassin de 45 000 étudiant.e.s. Regard rapide sur la solitude à l’Université de Montréal. 

En 2015-2016, la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM), le Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) et le Vice-rectorat aux études de l’Université de Montréal ont mené une enquête portant sur la santé psychologique étudiante à l’Université de Montréal : l’enquête « Ça va? ». Parmi les plus de 10 000 étudiant.e.s qui ont répondu à l’enquête, 22% rapportaient des symptômes qui ont été identifiés comme étant suffisamment sérieux pour nécessiter d’entreprendre un traitement. [1] Cette enquête a également permis de faire ressortir que la solitude expliquait plus du quart de la variance observée dans les symptômes dépressifs et dans la détresse psychologique vécus chez les étudiant.e.s de l’Université de Montréal, tant au premier cycle qu’aux cycles supérieurs. [2]

Solitude

Ce que cela prouve, c’est qu’on n’est jamais seul.e à se sentir seul.e.

Antoine te raconte comment ça s’est passé pour lui.

L’université, c’est carrément un univers parallèle. Tu vis (souvent, mais pas tout le temps) pour la première fois en appart’, tu suis des cours dans des auditoriums gigantesques (t’sais, comme dans les films du genre American Pie?), tu fréquentes des cafés étudiants engagés, tu discutes d’enjeux sociaux majeurs avec tes collègues de classe (des ami.e.s potentiel.le.s?)… Je pourrais continuer comme ça longtemps.

Bref, l’université, c’est plein de premières fois. Et pas seulement des premières fois plaisantes. Ça peut aussi être, comme moi je l’ai vécu, la première fois où tu te retrouves plongé dans un univers bondé d’autant de gens. Tu connais le proverbe : « Plus on est de fous, plus on rit! »? C’est sûrement vrai quand tu es avec tes ami.e.s dans ton salon, en train de jouer à Risk ou à Monopoly… Mais ça l’est peut-être moins quand tu es seul.e entre deux cours, dans la cafétéria de Local Local, au 6e étage de la BLSH ou sur un banc semi confortable, quelque part (difficile à dire exactement…) dans les 10 kilomètres de corridors de Roger-Gaudry.

Chaque fois que ça m’arrive, je me sens comme lorsque je regarde tous les beaux couples se donner des câlins et des fleurs (et surtout du chocolat!) le 14 février. J’ai l’impression que tou.te.s les autres étudiant.e.s ont des ami.e.s, sauf moi… C’est là que je me rappelle à quel point j’étais « quelqu’un » au Cégep de Saint-Hyacinthe. Disons qu’il y a un gros écart de (dé)personnalisation entre un cégep à 4,000 étudiant.e.s et une université qui en compte plus de 45,000.

La nostalgie m’envahit. Je vais chercher les souvenirs du moi collégien, militant, engagé dans la vie étudiante, confiant, motivé et surtout entouré d’un lot d’ami.e.s. Pourquoi n’ai-je pu m’enraciner de la même façon dans mon nouvel écosystème? Je me sens comme Harry Potter après qu’il ait enfilé sa cape d’invisibilité. Est-ce que c’est moi le problème? Est-ce qu’il y en a d’autres, comme moi, qui ont l’impression d’être entouré.e.s de « six milliards de solitudes »?

C’est un gros casse-tête sans réponse, tout ça. L’université, c’est une étape dans la vie d’une personne qui peut être vécue de plein de façons. Y’a pas de « cheminement type » pour vivre son expérience universitaire. C’est littéralement un microcosme, un univers des possibles (peut-être un peu trop vaste même), avec un tout autre processus de socialisation qui peut ne pas avoir de sens pour un.e étudiant.e comme toi et moi.

S’il y a bien une réponse que j’ai trouvée à toutes ces questions, c’est que je suis « moi », et pas l’étudiant ultra-impliqué, qui connaît tou.te.s les étudiant.e.s de son programme et qui ne rate pas une seule soirée. Je connais mes intérêts et mes limites, et j’avance à mon rythme. C’est la première étape vers le décloisonnement : arrêter de se comparer aux autres et accepter qu’on n’ait pas nécessairement les mêmes buts et besoins que ceux et celles qui nous entourent.

-Antoine

Au final, que l’on s’implique ou non, que l’on soit entouré.e de dizaines et de dizaines d’autres étudiant.e.s chaque jour ou que l’on préfère étudier en paix dans son coin, il n’y a pas de « meilleure » façon de vivre l’expérience universitaire. La société de performance dans laquelle on évolue nous pousse souvent à croire qu’il faut se retrouver avec un horaire de Premier.ère ministre, un CV qui fait dix pieds de long et le réseau le plus vaste de toute l’université. Mais en fait, ce qui compte, c’est simplement que toi, tu te sentes bien dans tout ça.

Si ce n’est pas le cas, si tu as l’impression de vivre de grands moments de solitude et que te sens impuissant.e, incapable de tailler ta place dans cette fourmilière, sache que les membres du Centre de santé et de consultation psychologique sont là pour toi.

Et si jamais tu cherches à faire de nouvelles rencontres et à tisser des liens avec des étudiant.e.s qui partagent les mêmes intérêts que toi, mais ne sais pas par où commencer, les regroupements étudiants de l’Action humanitaire et communautaire, les associations étudiantes ou les ateliers du Service des activités culturelles t’ouvrent leurs portes.

[1] FAÉCUM, Enquête sur la santé psychologique étudiante, 5 octobre 2016, p. 74. [En ligne], http://www.faecum.qc.ca/ressources/avis-memoires-recherches-et-positions-1/enquete-sur-la-sante-psychologique-etudiante.

[2] Ibid., p. 48.

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Sandrine

Sandrine

Baccalauréat bidisciplinaire en psychologie et sociologie

J’entrevois mon parcours universitaire comme étant l’occasion idéale pour m’impliquer au maximum. Il va sans dire que j’ai énormément d’énergie à dépenser! Passionnée par l’implication étudiante, je suis engagée au sein du conseil exécutif de mon association étudiante (AEPSUM) depuis mon entrée à l’Université, en plus de faire partie du Groupe de comédies musicales (CoMUM). Étant probablement plus souvent à l’UdeM qu’à mon appartement, je vous avoue commencer à connaître le campus comme le fond de ma poche!

Sandrine

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