UdeM ou Côte-des-Neiges? Analyse empirique.

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Parce qu’à l’Université de Montréal la rigueur intellectuelle est de mise, j’ai décidé de consacrer – littéralement – mon temps au service des étudiants et étudiantes.

La rentrée bat son plein et je m’efforce de retrouver le bon pavillon pour le bon cours. De Marie-Victorin à Jean-Brillant, en passant par Liliane de Stewart et Claire-McNicoll, des hordes d’étudiants sortent du réseau souterrain pour se diriger vers leur cours, têtes baissées sur leur cellulaire ou tête en l’air cherchant le café le plus proche. Les battements entre les cours sont tout aussi achalandés, et la routine revient le soir même. À 11 h 30 ou à 16 h, une file continuelle d’étudiants s’engouffre dans le métro pour gagner son repaire confortable.

Et moi, j’erre sans but vers le pavillon 3200, rue Jean-Brillant, mon pavillon principal. Au fil des semaines, et en discutant avec la population estudiantine, j’en viens à constater qu’une question demeure. Un mystère inexploré, une question inexpliquée reste dans l’esprit des étudiants du pavillon 3200, rue Jean-Brillant. Et cela en démange plus d’un. Quelle est donc la station de métro la plus proche du pavillon? Université de Montréal (UdeM) ou Côte-des-Neiges (CDN)?

La station Université de Montréal (et accessoirement l’université du même nom, en arrière plan).

Devant une telle question, je constate que c’est plutôt un enjeu vital qu’une question rhétorique. Source de débat continuel, la distance marchée entre les différents métros soulève les passions. En effet, il en va plus que d’une valeur théorique; c’est toute une organisation, toute une planification qui va avec. Le but premier : se rendre à son cours le plus rapidement possible. Car plus vite on va à son cours, plus tard on peut se lever et plus on peut dormir.

J’ai ainsi décidé d’en finir avec le débat, et ce d’une manière tout à fait universitaire et professionnelle : colliger des données empiriques fiables et constantes. Allons-y donc.

D’abord, la distance géographique, celle qui titille tout le monde : du métro UdeM à Jean-Brillant, on parle de 600m de marche sur un terrain « principalement plat », marchable en 8 minutes selon Google Maps. Bon, disons que c’est davantage un 600m de montée. La station Côte-des-Neiges, elle, se situe plutôt à 400m, marchable en 6 minutes, et cette fois-ci réellement sur un terrain plat. Sur l’aspect physique et théorique, donc, nul doute que la station CDN est la grande gagnante si vous voulez éviter la marche.

Or, gare à vous de tirer vos conclusions trop vite. J’ai voulu mettre la théorie à l’épreuve des faits. Ma méthode scientifique fut fort simple : pendant une semaine, j’ai calculé la distance aller et retour d’une station à Jean-Brillant, puis en ai fait de même la semaine suivante avec la station Côte-des-Neiges. Du 23 mars au 9 avril, chronomètre en main, je marchai de mon pas ferme et décidé vers mes cours, sans ralentir ni accélérer par rapport à mes habitudes.

En nous fiant au tableau 1, nous pouvons faire un premier constat : le temps nécessaire pour parcourir la distance d’UdeM à Jean-Brillant est plus rapide de 28 secondes. Un temps presque négligeable, mais crucial en période d’examen. On pourrait donc en conclure qu’il vaut mieux sortir à UdeM.

Pourtant, force est de constater une donnée supplémentaire : la durée de métro entre UdeM et CDN. En moyenne, elle dure 1 minute et 40 secondes, ce qui fait que, si vous arrivez de Saint-Michel et cie, il vous en prend plutôt 9 minutes et 12 secondes, soit 1 minute et 49 secondes supplémentaires.

Plusieurs conclusions sont maintenant nécessaires afin de maintenir notre rigueur scientifique.

1. En venant de Saint-Michel, mieux vaut sortir à UdeM, pour marcher 7 minutes 21 secondes (à mon rythme). En venant de Snowdon, mieux vaut sortir à CDN, pour un 7 minutes et 49 secondes en moyenne. Dans tous les cas, inutile de faire une station de métro supplémentaire en croyant être plus rapide; vous perdrez 1 minute 40 (chaque matin et chaque soir, ça finit par s’accumuler, et tout le monde sait que le temps, c’est de l’argent).

2. Si ce qui vous tient à cœur n’est pas le temps, mais plutôt la distance marchée, mieux vaut en tous les cas sortir à CDN; c’est réellement la station la plus proche de Jean-Brillant. De plus, ajoutons que l’hiver ou par temps pluvieux, il peut être préférable d’arriver quelques secondes plus tard tout en marchant moins de pas.

La station Côte-des-Neiges.

3. Il est à noter aussi le dénivelé de chacune des stations. Alors qu’en descendant à UdeM vous aurez une large côte à monter, CDN vous permettra de monter tranquillement par escalier mécanique pour ensuite marcher sur un terrain relativement plat.

4. Enfin, si vous êtes du style impatient, mieux vaut descendre à UdeM. D’une part, en débarquant à CDN, vous aurez à affronter trois intersections (CDN/Jean-Brillant dans deux sens, et Jean-Brillant/Decelles, ou inversement). D’autre part, une écrasante majorité des étudiants sortant à CDN ont comme destination Jean-Brillant; vous aurez donc à vous faufiler à travers un troupeau qui, plus il est gros, plus il avance lentement. À l’inverse, à UdeM, beaucoup d’étudiants se rendent au nouveau HEC, à la Polytechnique ou à Roger-Gaudry et ses environs. Vous aurez donc la voie libre pour marcher à votre rythme vers vos cours.

5. Conclusion finale : je marche à 6,53 km/h.

Bref, libre à vous maintenant de faire votre choix, et même de faire fi de mes conseils. Au moins, je vous ai aujourd’hui donné accès au choix libre et éclairé quant à votre cheminement!

Note pour l’étudiant.e aguerri.e : Débarquer à Côte-des-Neiges permet non seulement de ne pas monter la pente, mais de réduire davantage la distance marchée : en prenant l’avenue Swail, parallèle à Jean-Brillant, vous pourrez entrer directement par l’ancien HEC et ainsi être au chaud plus rapidement. Ça reste entre nous.

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Marc-Antoine

Marc-Antoine

J’ai cette tendance à écrire de long en large, ce qui témoigne sûrement du poète qui sommeille en moi. Un poète international, cela dit, ne pouvant s’empêcher de le montrer. Si j’use de beaucoup de mots, ce n’est que pour mieux me défendre, et je garde toujours en tête ces phrases : fais ce que tu dis; dis ce que tu penses; pense avec raison. Sur cette touche philosophique, mon Yin serait la patience, mon Yang l’impulsivité.
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