Changements et pandémie : faire face à l’inconnu

Mon chemin était tout tracé. Ce que l’avenir me réservait, je l’avais planifié maintes et maintes fois, et ce, depuis ma tendre enfance. Bien sûr, les plans avaient subi des changements trois ou quatre fois, à force de grandir et de développer de nouvelles connexions neuronales. D’olympienne à chirurgienne cardio-thoracique en pédiatrie (rêve abandonné à la lumière de mes résultats en mathématiques de deuxième secondaire) ; d’avocate à politologue ; j’ai toujours eu un but clair et un itinéraire tout tracé pour m’y rendre. Je savais ce que je voulais faire, chaque jour de chaque semaine de chaque année, pour arriver à destination, jusqu’au 13 mars 2020, tournant raide dans toutes nos vies. Un game changer, comme on dit.

Quand tout a changé

Tout à coup, l’avenir est devenu flou : oublie ça la sécurité d’emploi et l’assurance que ta vie ne sera pas mise en pause une fois de plus parce qu’un chef d’entreprise a décidé de raser la forêt tropicale. À la place de ma vie rêvée (blague : ma vraie vie rêvée, c’est d’habiter dans une commune anarchiste autogérée et d’avoir des vaches de compagnies), j’ai été forcée de me rendre à l’évidence. Rien n’est prévisible, tout est à revoir constamment.

À l’aune de la pandémie, nous sommes plus d’un[e] à avoir dû repenser nos plans, notamment nos projets d’études. Pour moi, ça a été d’annuler mes plans d’aventures et d’eau fraîche et d’intégrer la maitrise 8 mois plus tôt que prévu – pas du tout un drame en soi. Pour d’autres, les conséquences ont été beaucoup plus importantes : lâcher l’université, faute d’argent, ou alors annuler un échange étudiant.

J’en ai discuté, entre trois zooms, avec mon collègue et grand pote Louis-Frédérik, pour qui le début de la pandémie a été difficile : « Indéniablement [ma vie] a changé parce que ça m’a poussé à la déprime. Ça a fait en sorte que je reconsidère mes études pour me rétablir. J’ai vécu une petite crise le printemps passé et depuis j’essaie de m’en remettre. Ce n’est pas un contexte qui est évident pour moi ; ça m’affecte profondément. Je suis encore plus confronté à moi-même. Ça a changé mon projet d’études ; je l’ai remis en question et j’ai dû réévaluer mon parcours universitaire. Je suis moins de cours. Sans la pandémie […], je serais plus avancé dans mon programme. Est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose ? Je ne le sais pas ».

 

En haut, à droite : notre duo dynamique.

 

Se remettre en question face aux changements

En discutant, Louis-Fred et moi nous entendons sur un point : la pandémie a tout remis en question. Nos parcours universitaires, nos plans d’avenir, nos aspirations et nos priorités : « Avant la pandémie, j’étais beaucoup plus centrée sur moi-même et mes projets, mais ça m’a vraiment fait réévaluer ce à quoi je devrais accorder de l’importance. Me concentrer sur ma famille, mes amies et mon chum, au détriment de ma carrière, au final ça me rend beaucoup plus heureuse que d’être reconnue professionnellement », lui dis-je.

Quand les choses changent, on peut se braquer par peur et réticence ou on peut accueillir les changements et faire ce qu’on peut avec ce qui nous est imposé. À ce propos, Louis-Fred me raconte : « Dernièrement, je suis assez vulnérable. Le moindre changement peut vraiment bouleverser mon quotidien ou même mon bien-être. En général, face au changement, j’essaie d’être brave et d’être consciencieux. Ça m’affecte, mais j’essaie de voir ce qui naît en moi en termes de pensées, de comprendre et de réagir pour le mieux ; d’accepter qu’il y ait des alternatives, de voir le bon côté ».

 

Savoir s’adapter, un jour à la fois

S’il avait un conseil à donner pour s’adapter aux changements, ce serait : « D’accepter, d’essayer d’être en paix avec la situation. Tu ne peux pas changer les choses, donc rends ça agréable du mieux que tu peux. Ok oui, tu es confiné[e] chez toi, tu ne vois pas beaucoup de gens, on s’ennuie tous. On est quand même à la maison avec de l’eau chaude [pour la plupart d’entre nous, mais n’oublions pas que la pandémie a aggravé la vulnérabilité de plusieurs qui n’ont pas la chance d’avoir une sécurité financière ou même physique]. Ça pourrait vraiment être pire ».

Pour ma part, ce que je perçois comme le plus difficile de la pandémie, c’est le manque total de contrôle qu’elle a entrainé : « On peut faire des petits gestes individuels : se laver les mains, faire attention, rester à la maison. Mais on n’a pas de contrôle sur ce que les autres font, les mutations du virus ou le fait de tomber malade ou non. Il faut, d’après moi, un peu abandonner et laisser aller ».

Louis-Fred acquiesce : « Je pense vraiment qu’on est plus vulnérable[s] et qu’on doit prendre soin de nous. Ça, on n’est pas habitué[e]s de le faire. C’est très dur ».

 

Faire son possible

Paradoxalement, rien ne nous pousse à prendre soin de nous : les études en ligne sont terriblement exigeantes et le télétravail ne s’arrête jamais (coucou, le courriel que je reçois de ma boss à 21h15 un soir de fin de semaine 😉 ). On s’attend à ce qu’on développe de nouvelles compétences lors de notre « temps libre » entrainé par le confinement. C’est bien beau apprendre à faire du pain maison, mais ça ne règle pas le sentiment de panique immobilisant qui me guette lorsque je pense plus de 30 secondes aux tâches qu’il me reste à accomplir cette semaine ou aux surfaces que j’ai touchées lors de ma sortie hebdomadaire à la fruiterie du coin.

« Je pense qu’il y a même des gens qui n’acceptent pas que, parfois, les choses ne marchent tout simplement pas. Tout n’est pas une question de performance, c’est plus de bien-être je pense », me jase Louis-Fred.

Dans cette perspective, prendre soin de soi, ça veut peut-être dire abandonner des cours, repousser d’une session, accepter que tu ne finisses pas le cours, mais qu’au final tu t’en tires mieux.

Louis-Fred conclut : « C’est ok si ça ne va pas bien. N’essaie pas trop fort, fais juste voir ce qui se passe. Essaie de faire ce qui est le mieux pour toi ».

Bref : faire de son mieux, c’est pas mal la seule chose à faire. Ce qu’on se souhaite : du courage, de la patience et de la douceur, pour les autres, mais surtout pour nous.

 

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Alexandre

🧠 Un peu intello

🤠 Mais pas trop

🤼 Ma tête est dure comme le roc

🥯 J’ai Montréal (et ses bagels) dans mes veines

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