Avez-vous essayé le quidditch?

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C’est au Parc Jarry que me donne rendez-vous Juliette, membre du Club de Quidditch de l’Université de Montréal. C’est là qu’était organisé un tournoi informel et amical, et c’est entre deux match qu’elle me fait découvrir ce sport méconnu mais prodigieux, presque magique…

Les Rogers : Comment en es-tu venue à connaître ce sport?

Juliette : Je suis arrivée de France à l’UdeM et je voulais absolument faire du sport ici. J’avais déjà fait du handball en France, et ici j’ai rencontré l’entraîneur du Club de Quidditch dans l’association UdeMonde. Il m’a parlé du quidditch et je me suis pointée en septembre aux pratiques ouvertes (qui tombent d’ailleurs en même temps que la Semaine d’accueil!). Ça m’a tout de suite plu. Souvent, les étudiants vont nous connaître par les pratiques ouvertes, ou parce qu’ils en faisaient déjà au Cégep.

LR : Vous êtes environ combien de joueurs?

J : On est une quinzaine de réguliers. Parfois certains viennent simplement pour le fun, alors on a des pratiques allant jusqu’à 20 participants, mais on reste surtout à 15.

LR : Combien ça te coûte?

J : Pour les pratiques, on ne paye pas vraiment, à part de notre temps. On doit simplement se payer nos chandails. Étant un club sportif [et non une équipe d’élite des Carabins], on n’a pas le droit à du financement, à part une petite bourse, mais on s’en est rendu compte cette année seulement… On n’a pas non plus accès au terrain, c’est pour ça qu’on s’entraîne au parc Jean-Brillant, et non au Cepsum (mais de toute façon, ça nous donne plus de visibilité, et il nous faut du gazon pour les placages). Donc on paye nous-mêmes de notre poche pour les tournois. Il y a une ligue de Quidditch Canada, qui tous les ans organise des tournois régionaux (un à l’ouest, un à l’est) et des tournois nationaux.

LR : D’accord! Il y a même des nationaux!

J : Oui, et il existe même des tournois internationaux! Malheureusement, étant Française, je ne peux pas faire partie de Quidditch Canada…

LR : Wow, donc c’est assez sérieux et bien organisé comme sport!

J : Oui, il y a des tournois à chaque année. C’est souvent les États-Unis qui gagnent, mais les Australiens sont bons aussi. Cette année, par exemple, les régionaux étaient à Toronto. Les équipes québécoises viennent surtout de Montréal, notamment de l’UdeM et de McGill.

LR : C’est physique comme sport? Les joueurs me font penser à des joueurs de rugby.

J : Oui c’est assez physique. Il y a plusieurs anciens joueurs de rugby ou de football américain. C’est un peu un mélange entre le football américain, le rugby, le handball et le ballon chasseur, à cause des cognards. Ça demande aussi beaucoup de communication comme sport.

LR : Et le balai dans tout ça?

J : Alors le balai, c’est pas un vrai balai. C’est un bâton, qu’on doit avoir entre les jambes en tout temps et qu’on doit tenir d’une main aussi. S’il tombe, tu dois retourner toucher les anneaux. Tu ne peux pas arracher le balai d’un adversaire, mais la balle oui.

LR : Ça devient pas compliqué à la longue?

J : Non, tu t’habitues vite parce que les balles sont nettement différentes. Les joueurs sont identifiés par des bandeaux selon leur position. C’est vrai qu’au départ ça a l’air un peu brouillon comme sport, avec plein de balles et plein de gens qui courent partout. En tant que spectateur, il y a trois ou quatre actions différentes simultanément sur le terrain, mais quand tu joues, tu accomplis ta tâche, par exemple compter des buts, sans te soucier des autres, comme attraper le vif d’or.

LR : À propos du vif d’or, justement. Je vois que c’est une personne. N’importe qui peut s’improviser vif d’or?

J : Non, au contraire. C’est assez sérieux. Il faut avoir une accréditation « vif d’or » [rires]! On juge les vifs d’or selon le nombre de minutes qu’ils sont capables de tenir. Quand il dure plus de sept ou huit minutes, on parle d’un excellent vif d’or.

LR : Et à qui recommanderais-tu ce sport?

J : Tout le monde qui aime les sports d’équipe, de contact, de balle. C’est vraiment un jeu d’équipe avant tout. À tous ceux aussi qui veulent juste avoir du plaisir. Il ne faut pas avoir peur du ridicule, mais une fois dans le jeu, tu ne t’en rends même pas compte que tu as un balai entre les jambes et que c’est pas normal 😉

LR : Qu’est-ce que ça t’amène comme sport?

J : Vu qu’on est tous à l’université et qu’on est un club assez petit, on s’implique tous dans le club et on a tous un rôle à jouer. On est aussi tous du même âge, ça aide. On est tous amis, on se voit hors des pratiques. Dès que je suis arrivée, on m’a donné un poste et des responsabilités, donc c’est une bonne façon pour s’impliquer tout ayant du fun au final lors des pratiques. On est aussi pas mal sollicités pour donner des démonstrations dans les fêtes de quartier, par exemple.

LR : Et est-ce que c’est accessible comme sport? Par rapport à l’équipement ou aux capacités physiques.

J : À priori, il te faut simplement des crampons et un protège-dents, et accessoirement un bandeau, mais ça coûte rien. L’équipe fournit le balai, donc on n’a pas besoin de grand-chose. On parle de peut-être 100$ de base. Pour ce qui est des capacités, c’est sûr que c’est assez cardio, assez physique, mais vu qu’on est nombreux, on peut souvent  faire des changements. Et puisque tout le monde est débutant généralement, et bien personne n’est réellement bon au départ, mais on progresse tous très vite.

LR : Donc c’est un vrai sport, mais méconnu.

J : Oui, définitivement. Justement, c’est un sport et si tu essaies ici de parler d’Harry Potter, très peu te suivront. Les gens ici sont là pour le sport. Si tu es fan d’Harry Potter mais que tu n’aimes pas le sport, ne viens pas faire du Quidditch. On ne parle jamais du livre ou du film.

LR : Es-tu fan toi-même d’Harry Potter?

J : Et bien, j’ai lu les livres, j’ai vu les films, sans plus. Je ne suis pas la fan numéro un.

LR : Donc il n’est pas nécessaire d’aimer Harry Potter pour jouer au Quidditch?

J : Non, bien au contraire. Je crois que les gens viennent au Quidditch au départ par intérêt pour Harry Potter, mais rapidement, on comprend que c’est un sport qui n’est pas vraiment lié, à part pour l’inspiration. Il n’y a pas de magie, mais tous les aspects du jeu prennent leur source dans les livres. On utilise surtout Harry Potter quand on veut promouvoir notre club, genre avec des soirées thématiques et tout, mais nous-mêmes, on n’est pas plus fans qu’il ne le faut.

LR : Et en général, quelle est la réaction des gens lorsque tu leur dis que tu joues au Quidditch?

J : Ils rigolent forcément. Plusieurs en fait ne connaissent pas, ou ne pensent pas que ça soit sérieux. Ils rigolent qu’on ait un balai entre les jambes, mais honnêtement je m’en fiche. Je dis souvent de venir nous voir jouer, de regarder des vidéos, et là ils sont souvent beaucoup plus intéressés.

LR : Autre chose qu’on devrait savoir sur le Quidditch?

J : Je dis aux gens de venir aux essais libres! Nos pratiques sont ouvertes et tout le monde peut s’essayer. C’est obligatoirement mixte, donc tout le monde y a sa place, filles comme garçons.

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Marc-Antoine

Marc-Antoine

J’ai cette tendance à écrire de long en large, ce qui témoigne sûrement du poète qui sommeille en moi. Un poète international, cela dit, ne pouvant s’empêcher de le montrer. Si j’use de beaucoup de mots, ce n’est que pour mieux me défendre, et je garde toujours en tête ces phrases : fais ce que tu dis; dis ce que tu penses; pense avec raison. Sur cette touche philosophique, mon Yin serait la patience, mon Yang l’impulsivité.
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