Le jour où j’ai regardé de la pornographie à la BLSH (Bibliothèque des lettres et des sciences humaines) | Les Roger - Le blogue des étudiants de l'UdeM

Le jour où j’ai regardé de la pornographie à la BLSH (Bibliothèque des lettres et des sciences humaines)

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Woah! J’avoue que ça commence fort comme titre! La vérité,  c’est que ce titre est plutôt racoleur car j’ai regardé plus d’une fois de la pornographie à l’université et, croyez-le ou non, dans un but purement académique.

Vous allez me demander : « mais Martine, dans quel contexte as-tu regardé cela? ». Dans le cadre du cours « Cinéma, genre et sexualité » (CIN-2112), et si vous avez une âme sensible, il est fort recommandé de s’abstenir!

Malgré le fait que je sois dans un programme autre qu’études cinématographiques, il est possible de s’inscrire dans un cours au choix. En fait, dans de nombreux baccalauréats, c’est même obligatoire (bon à savoir si tu as une curiosité pour les auteurs médiévaux du XIIIe au XVe siècle — cours qui est réellement offert au choix). Pour moi, c’était le cinéma et le féminisme qui m’attiraient, mis à part la communication. En plus, c’est triste, j’étais pognée pour regarder des films toutes les semaines. Quelle horreur!

Pour vous situer, à l’intérieur de la BLSH, il y a la médiathèque J.-A.DeSève. C’est un localrempli d’une multitude de films. Ça ressemble un peu à un vieux club vidéo (preuve de ma vieillesse et de la vôtre pour la compréhension de cette référence). Il faut s’adresser au comptoir de prêts pour avoir le film. Oui…

Depuis le début de la session, j’avais l’habitude d’aller une fois par semaine à la médiathèque visionner les films à l’étude. Les employés commençaient à reconnaitre mon visage et j’allais toujours au même poste de visionnement.

Dans le cas d’une transaction, tout ce qu’il y a de plus simple: tu dis le code ou le titre du film et, en échange de ta carte étudiante, on te prête le film, une manette et des écouteurs, puis tu t’installes dans un des nombreux postes de visionnement.

Le début de la session se concentrait sur les enjeux de visibilité, le féminisme ou encore le cinéma du VIH/SIDA, alors que la seconde partie était concentrée sur l’étude de la pornographie. Alors un jour les But I Am a Cheerleader et Strangers on a train devinrent  « Baise-moi ». Oui, tu as bien lu.

Plan de cours en main, j’anticipais cette journée où j’allais devoir aller regarder lesdits films. Ce n’est pas que je sois prude, mais disons qu’il y a des circonstances plus agréables pour regarder de la pornographie. Pourtant, la chose qui me chicotait le plus, c’était de quoi j’allais avoir l’air. Tu ne peux pas aller regarder de la porn à l’école avec un look déglingué voyons! Histoire qu’on te juge encore plus.

Ce matin-là, ça m’a pris une éternité à m’habiller (l’éternité est évidemment une hyperbole, ma routine beauté consiste à mettre mes lunettes et espérer pour le mieux). Finalement, j’ai opté pour quelque chose de simple et professionnel; une chemise sous un chandail, des petits pantalons noirs et mes éternelles Vans bleues. Je voulais avoir l’air de tout sauf d’une perverse accro à la porno  qui ne peut pas passer une journée à l’université sans sa « drogue »! Sauf que la réelle question est plutôt « de quoi ça à l’air une personne qui regarde de la pornographie »? Bah, de tout le monde, on va se le dire.

« Il n’y a rien de très sexuel quand tu dois regarder de la pornographie pour un cours, je ne sais pas si c’est l’ambiance — dommage qu’il n’y ait pas de chandelles et de pétales de roses à la médiathèque — ou simplement le fait qu’il faut prendre des notes. »

 

Alors me voilà un beau lundi matin de la semaine 9 à la médiathèque :

Martine : « Oui, je vais te prendre le film A4560, svp. »

Gentil monsieur : « Ok, ça sera pas bien long, tu peux me dire le titre. »

Martine : « BAISE-MOI. »

Gentil monsieur : « Hein? Je n’ai pas compris. »

Martine : « BAISE-MOI. »

Gentil monsieur « Peux-tu parler plus fort? »

Martine : « BAISE-MOI! »

Malaise…

Ce qu’il y a de plus cocasse quand tu visionnes ce genre de truc, c’est que les employés sont parfaitement au courant de ce que tu regardes, et c’est pour cette même raison qu’ils te cloitrent dans une petite section de la médiathèque bien loin des regards… pour que tu regardes ça bien en privé et que personne d’autre ne sache que tu regardes des vidéos érotiques.

Mais même si tu es dans ton coin, tu vis pareil un stress. Tu ne veux surtout pas que quelqu’un te voie. Ce moment, c’est un petit secret entre toi et le préposé de la médiathèque.

Imagine le stress. Comme quand tu étais ado, tu regardais un film au salon alors que ta mère était dans la cuisine et qu’il y avait soudainement une scène de sexe et tu craignais que ta mère se pointe, mais là, le film c’est Black Swan et le tout est multiplié par 1000. Alors me voilà confortablement installée, dans mon petit coin sombre, à scruter un écran et à prier pour ne pas trop aimer ça…

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Mais laissez-moi vous dire que la pornographie est tout aussi pertinente à étudier que n’importe quel phénomène humain.

La sexualité est la chose grâce à laquelle vous êtes en train de lire cet article, merci maman et papa. La pornographie et les manières d’exprimer la sexualité sont révélatrices de notre société. Depuis l’invention de l’appareil photo, on peut retrouver des photographies érotiques et c’est la même chose pour l’invention de la caméra vidéo. Ce n’est pas la pornographie qui fait de nous des êtres pervertis, mais c’est parce que nous le sommes que nous faisons de la pornographie.

Ce qu’il y a de magique avec les études culturelles, c’est que tout a de la valeur d’un point de vue académique. Fini les temps où il n’y avait que les sciences dites dures qui étaient dignes d’intérêt. Qu’on analyse la dynamique organisationnelle d’un groupe féministe ou les enjeux de visibilité des personnes LGB sur YouTube, et bien… ça a de la valeur. Si bien que je viens de vous nommer deux sujets de maîtrise de deux de mes amies.

Alors oui, mesdames, messieurs et tout ce qu’il y a entre les deux; la pornographie est tout aussi digne d’intérêt!

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Martine

Martine

Jeune exilée de la campagne, je suis un genre d’hybride mi-femme, mi-lionne avec ma chevelure-crinière. Pas mal sûre que si j’étais un Mini-wheat™, je serais givrée des deux bords (défaut de machinerie qu’ils disent). Je compte parmi mes hobbies : aller au théâtre, faire des mauvaises blagues, blâmer le patriarcat, lire des textes qui ne concernent pas la communication organisationnelle et dire beaucoup trop fort, alors que personne ne le demande, que je suis queer et fière de l’être.
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