Chacun sa route, chacun son chemin

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Cette fille qui pointe son avenir avec un pitou dans les bras, c’est moi. Si j’ai l’air de pointer un endroit au hasard, c’est parce que j’suis un peu perdue.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire;  21 ans. Ça me parait fou, quand j’y repense, à 15 ans, je me disais que je n’allais jamais atteindre cet âge-là, que c’était loin et pas vraiment imaginable. Et puis maintenant, c’est là. J’pensais que j’allais être une adulte avec tout le kit d’adulte, mais non. J’suis toujours un peu comme avant, avec du stress en plus

Rendue à aujourd’hui, j’ai comme deux visions de moi-même qui s’affrontent.

La première, c’est que je suis quand même fière de moi. À 21 ans, il ne me reste qu’une seule année avant d’être diplômée en criminologie. J’ai un job de rêve, je suis impliquée, ma vie sociale est incroyable et je suis amoureuse. Je n’ai pas de problèmes de santé, ni d’argent, je réussis ce que j’entreprends, je fais ce que j’aime et j’aime ce que je fais. Et puis?

Ce que je deviens n’est pas ce dont je rêvais : j’aimerais travailler à rendre le monde meilleur, mais je ne fais rien de concret. Les choses que j’entreprends, mes réalisations ne me servent qu’à moi. Je suis très chanceuse, mais est-ce que j’aide les autres, comme je le voulais?

Je vais bientôt finir mon baccalauréat. Après ça, je vais faire une maîtrise. Puis après, peut-être une seconde maîtrise, ou un doctorat, si je m’en sens capable. En fait, je suis le chemin qu’on a tracé pour moi. Est-ce que je prends des risques? Aucun. Si j’étais assez courageuse pour suivre mes idées, je lâcherais tout, et j’irais aider, pour de vrai. Je me verrai bien enseigner à des enfants qui n’ont pas la chance d’avoir des structures adéquates. J’aimerais pousser des personnes à réaliser leurs rêves. Mais ça, ça veut dire lâcher mon confort. Lâcher le job parfait. Lâcher mes petites habitudes. Et on dirait que j’en suis pas capable. On dirait que je préfère cacher ma tête dans un trou, et me dire « d’abord je finis mes études, ensuite je partirai ». Mais on le sait tous que c’est pas vrai. J’vais finir mes études, avoir un beau job dans un bel endroit, vivre dans une jolie maison et avoir des enfants. Je dis pas que ça sera pas bien. Je me demande juste, à quoi ça va servir?

Comment rendre le monde meilleur lorsqu’on n’est même pas capable de se passer de sushis une semaine?

Voilà où j’en suis. Mais ça, j’y pense pas au quotidien. Au quotidien, je me demande comment je vais réussir à rentrer en maîtrise, parce que mes notes sont pas tops. J’me demande aussi dans quelle maîtrise entrer : Anthropologie, pour étudier l’être humain, comme je le voulais? Sociologie, parce que c’est cool, et qu’à l’UQAM ils ont une section pour le féminisme? Ou alors en politique, suivre la voie familiale?

C’est le fun d’avoir le luxe de pouvoir choisir sa maîtrise, mais je me demande juste à quoi ça va me mener. J’ai envie d’avoir une job pour laquelle je vais aimer me lever le matin, mais j’veux gagner de l’argent, parce que tsé, mon confort. En même temps, j’suis un peu fainéante, et je ne me vois dans aucun job. J’ai pas envie de me lever à 8h00 tous les matins. Ce que j’aimerais faire, c’est donner des conférences, échanger, écrire, partager. Mais encore une fois, j’ai l’impression que faire ce que j’aime, c’est m’aider moi, et pas le monde.

Donc voilà, j’suis rendue là. J’suis rendue au point où tout va bien, mais où j’me pose beaucoup de questions sur l’utilité de ma vie. Je suis partagée entre mes convictions et mon confort. Je suis partagée entre ma volonté d’aider et mon égocentrisme. Mais ce qui importe vraiment, c’est que ça ne m’empêche pas d’avancer.

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Kim

Kim

Perdue sur une île dans le Pacifique, je me suis soudainement retrouvée calédonienne à Montréal. J'ai déballé toute mon énergie à comprendre tout ce qui m’entourait et repérer les meilleures places à sushi. J'ai appris à faire ma lessive, payer mes factures et faire un budget pour les repas sushis. Accro aux sushis et allergique à l’inaction, j’essaye d’équilibrer ma vie entre études, relations sociales à la maisonnée, association étudiante et mon chum (et les sushis, mais je crois que je me répète).
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